Le système politique australien (2/2)
On a vu que c’est le Premier Ministre qui gouverne l’Etat fédéral. L’Australie est un pays démocratique, le Premier ministre est désigné à la suite d’un processus assez simple à comprendre. Le Parlement est composé de deux chambres : la Chambre des Représentants (Assemblée Nationale) et le Sénat. Le parti politique qui obtient la majorité à la Chambre des Représentants devient le parti de la majorité et désigne son leader qui deviendra le Premier Ministre. Le parti le plus fort de l’opposition devient l’opposition officielle et obtient un statut particulier (le shadow cabinet qui se calque sur le gouvernement mais en « mode opposition »). Le Premier ministre désigne ensuite les ministres avec ou sans consultation de son parti. Une majorité est possible à la Chambre des Représentants car les députés sont élus sur le mode majoritaire. Comme pour la liste du père noël, les électeurs mettent des préférences pour chacun des candidats dans les zones électorales (1, 2, 3…). A partir de ces préférences, on désigne le vainqueur dans chaque zone, ce système favorise bien évidemment les gros partis. Pour faire contrepoids face à la majorité dans la Chambre des Représentants, le Sénat est élu sur le mode proportionnel, c’est-à-dire que l’on donne des sièges en fonction du pourcentage de vote dans chaque Etat (chacun à ainsi des sièges du moment qu’il fait un certain score contrairement au système majoritaire où seul le vainqueur à un siège). Le Sénat est le représentant des Etats au niveau fédéral.
Les deux principaux partis politiques en Australie sont le Labor party qui n’est pas vraiment la Parti Socialiste et le Liberal Party qui est un peu plus à droite que l’UMP. Actuellement, le parti au pouvoir est le Labor Party et son leader (et si vous avez bien suivi vous savez que c’est aussi le Premier Ministre) est Kevin Rudd (vous pouvez le voir sur la photo, pour être fidèle à l’actualité australienne je vous joins aussi la vidéo tendance pendant la campagne de 2007). Leur programme est de réformer le système de santé, améliorer les relations avec les aborigènes, prendre des mesures environnementales (signature du protocole de Kyoto en 2007).
Les australiens ont une conception très particulière de la politique. La plupart pensent que les politiques sont tous des pourris qui essaient toujours de duper les électeurs. Pour ma prof de tutorial, la politique est un choix de métier comme un autre, si c’est pas assez bien payé, on n’y va pas. On est loin de la conception française de vocation du service public !
Mon article ne serait pas complet si je ne parlais pas de deux assez gros sujets. La question aborigène et le nationalisme australien.
Commençons par la question aborigène. Les australiens ne se sentent pas très à l’aise avec la question aborigène. Ils ont fait beaucoup de mal et le savent. Lorsque le Lieutenant James Cook est arrivé en Australie, il a utilisé la doctrine de la Terra Nillus : c'est-à-dire il n’y a personne sur cette terre, elle n’appartient à personne. Or, au moment il a mis le pied sur le sol australien, 350.000 aborigènes y vivaient. Ainsi, les premiers australiens se sont installés sans trop se soucier des aborigènes. Soit ces derniers fuyaient quand les blancs arrivaient, soit ils se faisaient chasser par ces derniers. L’installation des blancs a causé de nombreux désastres pour les aborigènes qui ont attrapé les maladies amenés par les nouveaux arrivants et qui ont été cantonnés dans le désert sans ressources. Beaucoup sont donc mort de maladie ou de faim.
Lorsque les blancs ont commencé à se soucier des aborigènes, leur situation s’est encore aggravée. Ils se sont dit que ces personnes devaient être éduquées et être transformés en parfait blancs. Ainsi, ils ont retiré aux familles les enfants pour les mettre dans des pensionnats pour les blanchiser (au sens culturel bien évidement, les techniques utilisées par Michaël Jackson n’existaient pas à cette époque). Dans ces pensionnats, de nombreux abus ont eu lieu (violences, viols) en dehors du fait que les enfants étaient enfermés et éloignés de leurs parents. On appelle ces enfants les générations volées. Cela a duré jusqu’en 1971.
En 1967, un référendum est adopté par la population à une très large majorité pour donner des droits aux aborigènes. Cela permet au gouvernement de mettre en place des systèmes d’action positive pour redonner des terres aux aborigènes, leur permettre une représentation. En 1976, une partie des terres volées leur sont restituées.
Seulement en 2008, le Premier Ministre Kevin Rudd présente ses excuses au nom de la nation australienne auprès des générations volées.
La question aborigène n’est pourtant pas résolue. Beaucoup d’aborigènes sont dans une situation d’extrême pauvreté (cela se voit dans les rues de Sydney), ils ne sont pas pleinement intégrés à la société et 80% des détenus sont des aborigènes. Il reste beaucoup de travail à faire de la part des autorités australiennes.
Passons au deuxième sujet aussi lié à la question aborigène, le nationalisme australien. Une des grandes peurs qui est encore restée en Australie est la marginalisation des blancs (ou simplement des anglo-saxons) dans le pays ou tout simplement la diminution. C’est dans cette optique que la politique de blanchisation des aborigènes a été mise en place. Ce n’est pas la seule. Des restrictions sont longtemps restées quand à l’immigration d’Européens non anglo-saxons. Ces restrictions n’ont pris fin qu’à la fin de la seconde guerre mondiale quand les Australiens se sont rendus compte de ce qu’ils appelaient le « péril jaune ». Il fallait alors renforcer la nation australienne par tous les blancs possibles et inimaginables pour empêcher une invasion (passée à deux doigts pendant la seconde guerre mondiale). Pendant très longtemps, il y a ainsi eu de nombreuses restrictions à l’entrée d’asiatiques en Australie. Et même si ces restrictions ont pris fin, les asiatiques sont très mal vu, peu intégrés et souffrent de discriminations dissimulées mais nombreuses. En fait, les australiens souffrent d’une véritable crise d’identité. Le pays a été créé entièrement par l’immigration, leur histoire commune est récente, il est alors difficile de définir une communauté nationale.
Cela explique alors pourquoi il y a tant de drapeaux aux couleurs de l’Australie dans les villes mais aussi la présence très importante de « made in Australia » sur les produits de consommation. Il y a un véritable nationalisme économique, l’achat australien est un argument de vente.

Finalement, cet article a un peu dépassé les limites du système politique australien mais je pense que l’ensemble est très utile pour bien comprendre les logiques qui animent ce magnifique pays. J’espère ne pas trop vous avoir ennuyé et suis sûr que vous pourrez impressionner l’auditoire dans un dîner avec ces connaissances !




